Regards sur l’écoconception dans la production cinématographique
Le cinéma s'ouvre à la transition écologique : état des lieux
Longtemps considéré comme une industrie « hors sol », le cinéma interroge désormais de près son impact sur l'environnement. Décors éphémères, déplacements multiples, matériel énergivore, restauration jetable : chaque tournage laisse une empreinte carbone significative. Depuis quelques années, la filière s'organise pourtant pour intégrer l'écoconception au cœur de la production cinématographique. En quoi consiste cette démarche ? Quels sont les outils, freins et exemples inspirants, en France et ailleurs ? Plongée au cœur de l'écologie sur les plateaux de cinéma.
Comprendre l’écoconception dans le secteur audiovisuel
L’écoconception, déjà courant dans le design ou l’industrie, vise à limiter l’empreinte environnementale d’un projet dès l’idée jusqu’au démontage. Pour le cinéma, cela implique une réflexion globale : écriture du scénario, choix des décors et costumes, gestion des transports, de l'énergie, des déchets et de l'alimentation, jusqu’à la postproduction et la communication. Un défi d’autant plus complexe que chaque film, fiction ou documentaire, possède ses spécificités. Pourtant, des lignes directrices émergent. L’objectif ? Façonner des œuvres qui racontent le monde… tout en le respectant.
Les principaux impacts environnementaux d’un tournage
- Déplacements : nombre élevé de trajets longue distance, véhicules utilitaires, voyages d’équipes et d’acteurs.
- Décors et accessoires : nombreux matériaux à usage unique, peintures polluantes, circuits courts mal exploités.
- Énergie : forte consommation d’électricité (éclairage, régie), groupes électrogènes parfois polluants.
- Restauration : vaisselle jetable, gaspillage alimentaire, emballages plastiques fréquents sur les plateaux.
- Communication et postproduction : impressions, envois numériques, serveurs très énergivores.
Écoconception étape par étape : du scénario à la diffusion
- Scénario et repérages : sensibiliser dès l’écriture. Choix de lieux au plus proche, scénarisation « sobre » en décors et costumes.
- Préparation des équipes : former régisseurs, assistants et réalisateurs aux gestes écoresponsables. Attribuer un référent « éco-tournage ».
- Décors éco-conçus : privilégier la location, le réemploi (plateaux modulaires, matériaux récupérés), peintures écologiques, tri dès le montage.
- Mobilité et logistique : privilégier trains et cars au vol, covoiturage, location de véhicules électriques, optimisation des plans de tournage.
- Catering responsable : vaisselle réutilisable, menus locaux et de saison, gestion précise des portions pour limiter le gaspillage.
- Énergie et matériel technique : favoriser l’éclairage LED, mutualiser le matériel, inciter à couper les équipements en pause.
- Postproduction / communication : limiter les impressions, employer du stockage cloud à faible impact, organiser des projections écoresponsables.
Checklist opérationnelle pour une production plus verte
- Évaluer le bilan carbone dès l’intention de tournage (outil « Carbon’Clap » du CNC, Calculateur internationale « Albert Programme » britannique).
- Choisir ses fournisseurs pour leur démarche (loueurs, traiteurs, constructeurs de décors, costumiers labellisés).
- Prévoir une « charte écoresponsable » à signer par toutes les équipes et partenaires.
- Former au minimum le/la régisseur.se, assistant.e de production, chef.fe déco et chef.fe opérateur.
- Suivre, documenter puis analyser les pratiques et résultats (quantité de déchets collectés, économies de CO₂, satisfaction des équipes).
- Inclure une fiche écoconception dans le rapport de production et la communication finale du film.
Cas concrets et exemples inspirants
- À la télévision : la série « Plus belle la vie » (France 3) a réduit sa consommation de plastique de 90% en un an, équipé tous ses plateaux d’éléments réemployables, et sensibilisé quelque 500 salariés au tri et à la réduction des déchets.
- Au cinéma : « L’Empereur de Paris » (Jean-François Richet) a mutualisé la majorité de ses décors avec d’autres productions historiques et réduit de 30% son volume de transports par un planification rigoureuse.
- Dans le documentaire : « Demain » (Cyril Dion et Mélanie Laurent) a fait le pari du « tournage lent », privilégiant les déplacements en train et limitant l’équipe technique pour réduire son empreinte.
- Production indépendante : nombre de courts métrages, clips et festivals se dotent d’une charte locale d’écoconception, parfois soutenue par les collectivités régionales (Ile-de-France, Normandie, Occitanie…)
Paroles de professionnels : des témoignages engagés
« Adapter le plan de tournage à l’offre locale (restaurants, artisans, techniciens proches) : c’est plus de contrainte logistique, mais on économise du temps et du CO₂ à chaque étape ! » — Élodie M., régisseuse générale.
« Les acteurs apprécient d’utiliser leur gourde ou de travailler avec des décors voués à une seconde vie. Cela renforce la cohésion de plateau et donne du sens à la démarche artistique. » — Jean-Luc P., technicien déco
« Mettre en place une évaluation écologique dès le premier jour permet de modifier son organisation en temps réel, et d’impliquer efficacement toutes les équipes. » — Martin G., coordinateur éco-tournage
Méthodologie : comment démarrer un tournage éco-responsable ?
- Initier la réflexion écologique avec l’équipe créative dès la phase d’écriture et de repérage.
- Choisir un « green manager », personne référente pour suivre la démarche et centraliser conseils/feedbacks.
- Embaucher ou solliciter des prestataires ayant déjà une expérience d’éco-tournage (agences spécialisées, régisseurs formés, loueurs labellisés).
- Définir les postes à enjeux : logistique/décors/technique/restauration.
- Co-construire avec tous les partenaires (bailleurs, collectivités, diffuseurs) un plan d’action simple, progressif et mutualisé.
- Prévoir un suivi chiffré avec bilan final et axes d’amélioration.
Outils et ressources à télécharger pour passer à l’action
- Check-list Eco-tournage complète à adapter selon la taille de la production (fichier PDF/Excel — à retrouver sur notre site Terraresponsable.com).
- Guide pratique CNC « Réduire l’empreinte carbone d’une production audiovisuelle ».
- Calculateur Albert (BBC) ou Carbon’Clap (France) : outils gratuits d’estimation carbone, rapport personnalisable.
- Modèle de charte pour inclure l’engagement écoresponsable dans les contrats de production.
- Ressources « banque de décors réemployables » et réseaux de mutualisation (ex : recyclage scénographie, location inter-productions).
Décryptage : Freins, défis et nouvelles tendances
- Le coût : l’écoconception exige parfois un surcoût (location, prestataires labellisés), mais de plus en plus d’aides publiques et de bonus régionaux accompagnent les démarches exemplaires.
- L’habitude : la résistance au changement reste le principal frein. Elle se lève par la formation, le partage des bonnes pratiques et l’exemplarité des leaders.
- L’exigence artistique : la peur que l’écoconception limite la créativité. Pourtant, nombre de professionnels témoignent que la contrainte stimule l’innovation narrative et visuelle.
- Normes et certifications : la filière s’efforce d’harmoniser ses critères, notamment via une certification écologique unifiée (label Ecoprod, agenda CNC…).
Conseils pratiques pour équipes, sociétés de production et cinéphiles
- Commencer petit : une action simple par tournage (ex : supprimer la vaisselle jetable, mutualiser deux déplacements…)
- S’appuyer sur la dynamique collective : réseaux locaux, mutualisation d’outils, partage de retours d’expériences.
- Valoriser la démarche auprès du public : capsules making-of, fiches pédagogiques, ateliers sur les festivals.
- Oser le « retour à la terre » : faire appel à des artisans locaux, intégrer la biodiversité en décors naturels, privilégier la lumière du jour.
- Procéder étape par étape, et bâtir une routine « plateau responsable » sur chaque projet.
Vers une nouvelle culture du cinéma responsable
L’écoconception dans la production cinématographique ne se limite plus à la réduction des déchets ou à l’usage de gobelets réutilisables. Elle fonde peu à peu une nouvelle culture de travail, transversale et inclusive, qui s’inscrit dans le mouvement plus large de la transition écologique des industries culturelles. Les films nouveaux peuvent ainsi porter l’exemple, sensibiliser leurs équipes et leur public, innover sur la forme comme sur le fond.
Pour inventer un cinéma inspirant, abordable et durable, chaque geste compte : de la première ligne du scénario au dernier carton du générique, les productions ont tout à gagner à adopter une vision sobre, inventive et collective. Retrouvez sur Terraresponsable.com toutes les fiches pratiques, guides d’action et témoignages pour réussir vos propres projets audiovisuels responsables, et découvrir les initiatives les plus innovantes en France et en Europe.
Le cinéma de demain sera-t-il aussi une école de sobriété et de créativité ?