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Conversation avec un compositeur de musique de film engagé

Par Maxime
5 minutes

Dans les coulisses de la création sonore : rencontre avec Arthur Niel, compositeur engagé pour l’écran


Dans le monde feutré des salles obscures ou lors d’une séance de streaming à la maison, la musique façonne discrètement nos émotions, transcende les images et donne vie aux récits. Mais derrière chaque partition de film, il y a une main, une oreille et un engagement — parfois méconnu — qui guide le choix des sons. Terraresponsable.com vous propose une véritable immersion dans l’univers d’Arthur Niel, compositeur de musique de film, reconnu pour ses démarches artistiques et écologiques originales.


Portrait d’un créateur au service de causes justes


Arthur Niel, formé au Conservatoire puis dans des studios internationaux, compose pour le cinéma indépendant, le documentaire et les séries télévisées. Depuis plusieurs années, il a fait le choix d’inscrire la responsabilité sociétale et environnementale au cœur de son métier : « La musique de film, c’est un outil narratif puissant. Je veux qu’elle porte aussi un message sur notre rapport au monde, sur ce que nous décidons de faire, ou de laisser. »


Sa démarche ne s’arrête pas au choix des projets. Elle englobe toute la chaîne de création : utilisation d’instruments recyclés ou de fabrication locale, studios alimentés en énergie verte, partenariats avec des ONG… mais aussi une attention toute particulière à la diversité et à l’inclusion des musiciens intervenants.


Composer avec le réel : engagement, sujets et choix éthiques


Les films sur lesquels travaille Arthur Niel abordent souvent des sujets engagés : justice sociale, urgence climatique, préservation de la biodiversité, migration ou inclusion. Pour lui, la musique devient le vecteur d’émotions mais aussi de réflexion :


« Sur un documentaire consacré au retour du loup en France, je voulais fuir l’imagerie sonore classique. Plutôt que d’utiliser des samples standards, j’ai collecté des enregistrements in situ, dans la nature, avec un ingénieur du son local. Les nappes orchestrales sont construites à partir de sons de branches, de pas dans la forêt, de hurlements authentiques, puis retravaillés en studio. Cela crée une immersion, un lien direct entre le spectateur, le territoire et l’objet du film. »
— Arthur Niel

Pour Arthur, chaque collaboration est l’occasion de questionner la place du compositeur : doit-on céder au « tout numérique » pour minimiser les déplacements ou privilégier l’enregistrement vivant, le travail collectif, la valorisation du local ? Son choix penche souvent pour les solutions hybrides :


  • Collaborations locales : recours à de petits ensembles, souvent recrutés dans les écoles de musique proches du tournage ou via des collectifs associatifs.
  • Éco-conception : minimiser les déplacements, optimiser le matériel et réutiliser des sons existants ou issus d’archives sonores libres.
  • Sensibilisation du public : création de podcasts making-of, interventions dans les festivals et écoles, mise à disposition de partitions libres d’accès ou de kits pédagogiques.

L’artisanat sonore à l’épreuve de l’industrie


Dans un secteur concurrencé par l’IA et les musiques « prêtes-à-jouer », Arthur Niel défend une approche artisanale. Composer responsable, c’est, selon lui, « défendre une chaîne où tous les intervenants sont respectés, du preneur de son au musicien, jusqu’aux spectateurs eux-mêmes ».


Ce choix implique de dialoguer différemment avec les réalisateurs et les producteurs : il faut parfois convaincre que la résistance au « tout numérique » ou aux librairies de musique uniformisées n’est pas un caprice, mais un acte militant. Arthur témoigne :


« Sur certains projets, demander à ce qu’un thème soit enregistré par une petite fanfare locale, c’est d’abord défendre la création d’emplois sur place. Mais c’est aussi garantir qu’il y aura une chaleur, une imperfection parfois, qui rend la musique vivante, donc humaine. »

Exemples de partitions engagées


  • “Rivages partagés” (2022, docu-fiction) : bande originale élaborée à partir de matériaux de récupération, percussions réalisées avec du bois flotté, cuivres issus de fanfares associatives, mélanges de chants traditionnels locaux et de créations contemporaines.
  • “Demain le vivant” (2023, séries documentaires) : travail collaboratif avec des lycéens sur l’écriture mélodique, enregistrements dans des habitats naturels, production locale et soutien à des initiatives pour l’inclusion des personnes en situation de handicap.
  • “Frontières invisibles” (cinéma, 2024) : orchestre mixte réunissant musiciens professionnels et amateurs issus de différents pays, réflexion sur la mobilité durable des artistes (voyages en train, compensation carbone, organisation logistique éthique).

Boîte à outils : comment écouter et soutenir une création musicale responsable ?


  • Privilégier l’écoute de bandes originales diffusées via des plateformes équitables (Faircamp, Bandcamp, plateforme locale) ou directement téléchargées sur les sites des compositeurs.
  • Participer — ou encourager la participation — à des ateliers de création sonore pour public jeune ou adulte, comme ceux proposés dans certaines médiathèques ou festivals.
  • Se renseigner sur l’origine des enregistrements, la composition des orchestres et la politique de rémunération des artistes.
  • Soutenir les initiatives permettant la valorisation de la diversité musicale : cofinancement d’albums responsables, valorisation des partitions libres ou des concerts solidaires.

Témoignages : l’impact d’une musique au service du sens


« Travailler avec Arthur, c’est intégrer la contrainte écologique comme source d’inspiration. La bande-son de ‘Rivages partagés’ a changé ma perception du montage, elle a donné un supplément d’âme à chaque scène. »
— Elise, réalisatrice

« Pour la série ‘Demain le vivant’, nos lycéens sont repartis avec l’envie de jouer d’un instrument, de s’enregistrer, de composer. La démarche pédagogique, au-delà du film, a déclenché des vocations !»
— Nicolas, enseignant et coordinateur de projet

« En tant que spectatrice, je remarque quand la musique respire. Ce petit sifflement d’oiseau ou le craquement du bois me rappellent la vérité du terrain, ça m’émeut beaucoup plus qu’une grosse orchestration synthétique. »
— Johanna, cinéphile engagée

Pistes et ressources pour aller plus loin


Vers une nouvelle écologie de la création sonore


La révolution silencieuse portée par Arthur Niel et tant d’autres aujourd’hui consiste à réinventer la chaîne musicale du cinéma pour la rendre plus juste, solidaire et respectueuse de l’environnement. À l’heure où l’industrie est tentée par la production de masse et le recours systématique au numérique, ces démarches rappellent que l’émotion, la rencontre humaine et l’ancrage local demeurent les matériaux les plus essentiels.

Faire entendre ces voix singulières, c’est aussi donner aux spectateurs l’opportunité de choisir — dans leurs écoutes et dans leurs encouragements — une culture qui a du sens et un impact. Pour aller plus loin, outils méthodologiques, portraits et guides concrets sont à retrouver sur terraresponsable.com: votre espace pour conjuguer culture, responsabilité et engagement.

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