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Entretien avec une autrice de bandes dessinées sur l’écologie narrative

Par Maxime
5 minutes

Quand l’écologie s’invite dans les bulles : paroles d’une autrice engagée


Face à l’urgence environnementale, la bande dessinée s’impose de plus en plus comme un outil de sensibilisation et d’expression engagé. Mais comment passer du constat à la narration, du manifeste à l’émotion ? Rencontre avec Camille Rollin, autrice et scénariste, dont les albums explorent la fragilité du vivant, l’humour du quotidien écolo et le pouvoir de l’imagination au service de la transition.


Réinventer la BD, raconter le vivant


Camille Rollin, 37 ans, se partage entre ateliers jeunesse, collaborations avec des ONG et création de séries graphiques. Son dernier ouvrage, "La Terre, ce drôle d’habitat", s’adresse aussi bien aux adolescents qu’aux adultes, traquant les paradoxes, les espoirs mais aussi les blocages qui traversent les gestes écolos du quotidien.
Comment la bande dessinée permet-elle de renouveler notre manière de parler (et de penser) l’écologie ? "Pour moi, la narration graphique est un langage universel. Elle touche vite, souvent avec humour, fait passer des messages subtils ou provocants, et permet de faire parler plantes, animaux, objets... La BD est un espace de liberté qu’on peut mettre au service de causes parfois anxiogènes sans tomber dans le didactisme ni le catastrophisme."
Son style mêle aquarelles lumineuses, croquis expressifs et dialogues ciselés, souvent nourris de vrais témoignages.


Dessiner l’écologie : entre documentaire et fiction


Camille revendique le mélange des genres : "Je glisse toujours des éléments véridiques – chiffres, anecdotes, lexique scientifique – mais je m’autorise aussi des sauts dans la fable ou la science-fiction douce. Ce mélange ouvre l’empathie : un lecteur va rire d’un écureuil militant ou s’inquiéter pour une algue menacée, là où un essai pur risque d’ennuyer."
Elle confie puiser ses scénarios dans la presse scientifique, les entretiens avec des activistes, mais aussi dans ses propres balades urbaines : "J’adore guetter les petites résistances, les bricolages, les détournements du quotidien écolo : les voisins qui partagent leur compost, les enfants qui dessinent des affiches contre le gaspillage d’énergie, le pigeon devenu mascotte d’un collectif anti-béton..."
Exemples marquants dans ses albums :

  • De courtes histoires sur les "vies secrètes des jardins partagés" : chaque personnage est un animal ou une plante qui dialogue sur les menaces (pollution, bétonisation, pesticides)
  • Un épisode où des écoliers organisent une course-relais pour ramasser les déchets et se retrouvent face à des obstacles… inattendus – notamment la mauvaise foi des adultes
  • Des planches muettes sur l’évolution d’un paysage, année après année, à travers la transformation d’un arbre, d’un cours d’eau ou d’un terrain vague


Bande dessinée et pédagogie : outils pour une transmission active


"La BD est un formidable médiateur pour ceux qui se sentent loin du sujet, ou effrayés par la masse d’informations environnementales", explique Camille. Elle anime régulièrement des ateliers dans les collèges et médiathèques, où elle propose :

  • La création d’histoires courtes à partir d’un fait local : pollution du fleuve, biodiversité du quartier, disparition d’une espèce
  • Des jeux de rôle graphiques : chaque élève tire le personnage d’un élément du vivant et doit défendre son point de vue face aux enjeux humains
  • L’expérimentation du dessin documentaire : carnet de croquis en extérieur, interviews auprès d’associations ou de jardiniers urbains
"Dessiner, puis raconter avec ses propres mots, aide à se sentir acteur, pas juste spectateur. Ça dédramatise, laisse la critique s’exprimer, et débouche parfois sur de vraies mini-actions locales."
De nombreux enseignants témoignent de l’impact positif de ces ateliers, qui développent également l’esprit critique et la curiosité scientifique.


De l’émotion à l’action : la responsabilité de l’artiste


Camille se pose sans cesse la question de la responsabilité citoyenne de l’autrice : "Je ne veux ni moraliser, ni faire peur inutilement. J’essaie d’ouvrir des pistes : montrer que des solutions existent, mais aussi que le doute ou l’échec font partie du chemin."
Dans "La Terre, ce drôle d’habitat", certains personnages tentent des alternatives (low-tech, végétalisation, boycotts) mais se heurtent à des contraintes parfois cocasses ou désespérantes – une manière, selon elle, d’explorer la complexité sans perdre la motivation. "C’est l’empathie qui prime : susciter des émotions, laisser le lecteur imaginer, décider de s’impliquer à sa mesure."


Témoignages et retours de lecteurs


"Avec ma fille ado, on a adoré la série de Camille, elle dédramatise sans occulter. On a même lancé un potager de fenêtres après deux planches mémorables !"
— Vanessa, lectrice et animatrice périscolaire

"Les albums m’ont aidé à parler du réchauffement climatique en classe, avec moins de peur, plus d’humour. Les élèves ont tous choisi un animal à dessiner en héros, certains ont voulu écrire à la mairie après."
— Étienne, enseignant en cycle 3

Checklist : Comment découvrir et utiliser les BD écolo ?


  • Variez les registres : docu-fiction, humour, témoignage graphique, albums pour enfants ou romans graphiques adultes – chaque format offre une entrée différente sur l’écologie.
  • Privilégiez l’ancrage local : cherchez les auteurs qui documentent la faune, la flore, les initiatives de votre région.
  • Proposez des ateliers collectifs : lecture partagée, débat après chaque histoire, création d’une planche sur un enjeu local.
  • Dialogue avec l’autrice ou l’auteur : invitez-les en classe ou à la médiathèque, ou utilisez des interviews vidéo disponibles sur terraresponsable.com.
  • Reliez à des actions concrètes : visites de jardins collectifs, nettoyage de friches, écriture de lettres aux élus ou aux voisins pour partager des idées issues de la BD.

Ressources, outils et aller plus loin


  • Guide pratique terre responsable : sélection de bandes dessinées écologiques, fiches d'animation pour ateliers et clubs lecture
  • Interviews d’artistes engagés : retours d’expérience, méthodes pour construire une narration écologique en BD
  • Boîte à outils téléchargeable : canevas vierge de planche de BD, conseils aux jeunes auteurs, quiz "Testez vos connaissances BD & écologie"

Les conseils de Camille Rollin pour une écologie narrative efficace


  • Miser sur la diversité des points de vue : raconter aussi la voix des arbres, de la rivière, du caillou ou du chien du voisin
  • Mélanger gravité et humour : ne jamais négliger le sourire, même face aux scénarios sombres
  • Faire équipe : coécrire, co-dessiner, travailler avec des scientifiques, des enfants, des militants
  • Représenter la complexité : éviter les solutions miracles, prendre goût au débat, aux contradictions
  • Tester sur le terrain : valider ses histoires auprès de lecteurs parfois très jeunes ou très experts, en acceptant des critiques constructives

Conclusion : la BD, un levier pour inventer demain


Dans un paysage éditorial où l’écologie anime désormais toutes les conversations, la bande dessinée occupe une place particulière : à la fois support d’apprentissage, d’inspiration et de communauté vivante. Grâce à des autrices comme Camille Rollin, le récit graphique devient plus qu’un témoignage, il se transforme en outil de dialogue, outil d’émancipation, voire d’action collective.

terraresponsable.com propose de poursuivre cette aventure : découvrez des dossiers thématiques, échangez vos coups de cœur BD-écolo, téléchargez guides et ateliers pour faire fleurir, dès aujourd’hui, une véritable écologie narrative à hauteur d’enfant et de citoyen. Les histoires, lorsqu’elles touchent au vivant avec sincérité et inventivité, peuvent accompagner des changements concrets et durables – une bulle après l’autre.

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