Jeudi 10 septembre 2026 Newsletter Contact
Interviews

Entretien avec une scénariste jeunesse : transmettre l’écologie par les histoires

Entretien avec une scénariste jeunesse : transmettre l’écologie par les histoires

Comment sensibiliser les plus jeunes aux enjeux écologiques ? Plutôt que des leçons moralisatrices, de nombreux auteurs jeunesse font le pari de la fiction. Entretien exclusif avec Louise Gaillard, scénariste jeunesse, qui crée des univers où plantes, animaux et humains évoluent ensemble et où chaque geste compte. Découvrez les coulisses d'une transmission créative, ses méthodes et conseils concrets, sans oublier les histoires qui font mouche auprès du jeune public.


Faire passer un message écologique sans jamais l’imposer


Pour Louise Gaillard, transmettre l’écologie, ce n’est pas imposer des règles : « Les enfants apprennent par l’exemple, l’aventure et l’émotion. Je mets la nature au centre de mes histoires, pas comme décor mais comme personnage. On rit, on a peur, on s’interroge avec des héros verts, jamais donneurs de leçon. »

Loin des récits punisseurs ou culpabilisants, la scénariste privilégie les messages subtils : « Un enfant ne retiendra pas une grande réflexion sur la pollution, mais il comprendra si son héroïne sauve un crapaud, plante une graine ou valorise un objet cassé. L’action prime, la prise de conscience vient ensuite. »


  • Des trames interactives : choix offerts aux lecteurs pour agir sur la nature.
  • Des héros imparfaits : ils apprennent, font des erreurs et grandissent.
  • Une nature animée : forêts qui parlent, bestiaires imaginaires inspirés du réel.

Créer des histoires accessibles : astuces d’écriture pour toucher tous les enfants


L’écriture pour la jeunesse nécessite de repenser la transmission. Louise Gaillard partage ses secrets : « Pour sensibiliser, il faut d’abord embarquer. J’utilise des intrigues courtes, du dialogue, du jeu, mais aussi des rituels rassurants, comme le jardinage ou les secrets partagés à voix basse. »

Quelques procédés concrets :


  • Répéter sans lasser : les gestes se réinstallent à chaque épisode (tri, compost, découverte de plantes locales).
  • Privilégier l’oralité : « Je lis mes textes à voix haute, pour sentir quand l’histoire accroche. »
  • Varier les formats : roman illustré, BD, mini-podcasts animés : l’écologie se décline selon les âges.
  • Oser l’humour : charades vertes, animaux farceurs, maladresses revendiquées.

Selon elle, la clé, c’est de s’adresser aussi bien aux enfants qu’à ceux qui les accompagnent. « Un parent sensibilisé prolonge les messages au quotidien, et inversement, un enfant passionné peut embarquer sa famille dans le jardin ou au marché local. »


De l’inspiration à l’action : comment une histoire engage-t-elle réellement ?


« À chaque fois que je rencontre des classes, je vois l’impact direct : les élèves discutent, proposent des petites actions concrètes, questionnent leur environnement immédiat. Une bonne histoire donne envie d’agir sans sentir qu’on vous l’impose », souligne Louise Gaillard.

Des exemples d’engagement inspirés de ses ouvrages :


  • Défis collectifs : des classes mettent en place un challenge zéro déchet à la cantine après avoir lu "Mission Compost".
  • Correspondance verte : certains enfants écrivent à des héros pour leur soumettre leurs idées d’écogestes.
  • Mini-ateliers créatifs : mise en place de "jardins de poche" (pots recyclés, semis de plantes locales) en s’inspirant du dernier album.

La scénariste incite chaque médiateur à s’approprier les récits : « Imprimez un extrait illustré, lancez une discussion sur un animal menacé, imaginez une suite à l’histoire collective. Les enfants sont ravis d’inventer et d’essayer, surtout s’ils peuvent voir ou toucher concrètement le sujet abordé. »


L’influence du quotidien : pourquoi les petits récits font les grands changements


Même si beaucoup rêvent de grandes aventures, Louise Gaillard cultive l’art du détail : « Une simple récolte d’eau de pluie, l’installation d’un hôtel à insectes ou la réparation d’un vieux jouet ont parfois plus d’impact qu’un récit spectaculaire sur l’effondrement du monde. Ce sont les petits gestes, répétés, qui tissent une relation à la nature. »

Du concret au poétique, elle cite quelques ressorts efficaces :


  • Intégrer des "chantiers maisons" ou "défis famille" en fin d’ouvrage (fabriquer son épouvantail, organiser une chasse aux déchets, échanger des jouets en classe).
  • Glisser des pages d’observation in situ : "cherche et compte les différentes feuilles du parc".
  • Encourager les enfants à documenter eux-mêmes la nature : carnet de bord, dessins, photos, messages vocaux.

D’après ses retours d’expérience, plus l’histoire donne une prise directe sur la réalité familière de l’enfant, plus celui-ci transmet à son tour le geste appris.

Conseils aux parents, enseignants et médiateurs : accompagner la transmission par la lecture


Sur le terrain, les adultes sont des relais incontournables. Louise Gaillard recommande :


  • Lire ensemble puis questionner : "Et toi, tu ferais quoi à la place du héros ? Quels animaux aimerais-tu sauver ?"
  • Multipliez les formats : podcasts, albums, petits films, carnet de terrain.
  • Invitez l’enfant à raconter sa propre version de l’histoire : "Dessine la suite, imagine une mission à la maison".
  • Valorisez chaque progrès : félicitez une démarche de tri, la plantation d’une graine, ou la recherche d’informations sur une espèce locale.

Enfin, elle souligne : « Dans un récit jeunesse, l’écologie vécue comme une aventure collective développe la confiance en soi et l’envie de passer à l’action. C’est aussi un espace où l’erreur, la découverte et la coopération sont mis en avant. »


Conclusion : L’histoire, une graine pour changer le monde


Sensibiliser à l’écologie dès le plus jeune âge passe par des histoires vivantes, proches du quotidien, où la nature devient autant protagoniste que décor. Comme Louise Gaillard, de nombreux auteurs privilégient l’expérience sensible à la théorie, encouragent l’action au-delà des mots et font pousser, page après page, de nouveaux éco-citoyens. Parents, enseignants, animateurs et enfants créent ensemble ce lien privilégié qui fait du livre le compagnon idéal des petits gestes qui changent tout.

À lire, relire, incarner... et transmettre autour de soi !


Sur le même sujet
terraresponsable.com