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Entretien avec une compositrice : la musique au service de l’environnement

Par Maxime
5 minutes

Rencontre avec une créatrice engagée : faire vibrer la nature à travers la musique

Dans le foisonnement actuel des initiatives artistiques pour la planète, la musique occupe une place singulière. Certains compositeurs et compositrices mobilisent leur art pour alerter, mobiliser, et faire ressentir l’urgence comme la beauté du vivant. Terraresponsable.com a rencontré Axelle Delafosse, compositrice, interprète et fondatrice du collectif "Son & Racines". Elle dévoile une approche où l’écologie imprègne chacune de ses notes et partage méthodes, inspirations et outils concrets pour placer la musique au service de l’environnement.


Faire entendre le monde : genèse d’une vocation musicale écologique

"Mon premier souvenir de composition est lié… au silence au milieu d’une forêt !" s’amuse Axelle, qui revendique une musique "habité par les paysages, les vents, les eaux". Issue d’une formation classique puis électroacoustique, elle s’interroge très tôt sur l’impact des sons sur notre perception de la nature et sur la capacité de la musique à éveiller les consciences. "Composer, pour moi, c’est faire ressentir la complexité et la fragilité du vivant – et inviter à l’écouter vraiment, comme on écoute une rivière ou le bruissement des arbres."


En parallèle d’une carrière dans la musique contemporaine, Axelle crée "Son & Racines", un collectif dédié au lien entre art, environnement et engagement citoyen. "Nous voulons créer des œuvres qui posent la question du dialogue entre humains et territoires – et qui donnent envie de s’impliquer."


Composer pour l’environnement : méthodes, inspirations et terrains

Concrètement, comment intégrer l’écologie dans l’écriture musicale ? Axelle détaille sa méthodologie, où chaque étape est pensée en interaction avec l’environnement :


  1. Immersion sur le terrain : "Avant de prendre un instrument, je pars sur le lieu d’inspiration (forêt, littoral, zone urbaine menacée…). J’y effectue des enregistrements de terrain, recueille des anecdotes auprès des habitants, et tente de capter l’ambiance sonore propre à l’écosystème."
  2. Co-création et participation : "Le plus souvent, j’invite une classe d’école, une association, ou un collectif d’habitants à participer, soit à l’enregistrement, soit à la création de textes, soit à la mise en place d’un concert in situ."
  3. Choix des instruments et techniques responsables : "Je privilégie des instruments acoustiques, issus de l’artisanat local ou recyclés. Pour l’électronique, l’usage de matériel de seconde main ou ‘low tech’ est la règle."
  4. Écriture sensible aux enjeux locaux : "Le thème du morceau ou du cycle musical naît d’un constat environnemental précis : disparition d’une espèce, montée des eaux, pollution sonore… Chaque œuvre raconte, par la musique, les transformations du territoire."
  5. Diffusion responsable : "Nous organisons les concerts dans des lieux naturels ou des éco-lieux, en limitant déplacements et consommation. Lors des diffusions en ligne, nous choisissons des plateformes françaises ou éthiques, et proposons des supports pédagogiques pour faciliter la discussion autour de l’œuvre."

Checklist rapide : identifier une création musicale éco-engagée

  1. Source d’inspiration : Vient-elle d’une immersion réelle dans un territoire ou d’un partenariat avec des acteurs locaux ?
  2. Techniques d’enregistrement et de diffusion : Sont-elles sobres en matériel et favorisent-elles le lien humain plus que la performance technique ?
  3. Message et intention : Le propos est-il documenté, authentique, et ouvert à la réflexion sans culpabilisation ?
  4. Actions associées : La création donne-t-elle lieu à des projets éducatifs, solidaires ou à des appels à agir ?
  5. Écoute "active" : La musique invite-t-elle le public à reconsidérer son rapport aux sons quotidiens et à la nature environnante ?

Témoignages croisés : artistes, organisateurs et publics

« Lors d’un atelier avec Axelle, mes élèves ont appris à différencier les sons naturels des bruits de la ville. Ensuite, ils ont composé une "forêt sonore", ce qui a bouleversé leur vision du quartier. » – Hugo, instituteur

« Un concert au lever du soleil dans un marais, c’est plus qu’un spectacle : c’est une expérience sensorielle qui éveille à la beauté et à la fragilité de l’écosystème. » – Nora, spectatrice

« Travailler avec Axelle, c’est intégrer concrètement les habitants d’un territoire dans une création musicale partagée, et connecter l’émotion au débat local sur l’environnement. » – Yann, responsable associative

Méthode d’écriture collaborative : la pratique d’Axelle, étape par étape

  1. Repérage sur site : Identifier une problématique locale ou un espace à valoriser (ex : rivière menacée, corridor écologique urbain).
  2. Rencontrer habitants, associations ou écoles pour recueillir récits, sons, témoignages.
  3. Élaborer une "palette sonore" à partir d’enregistrements et de matériaux trouvés (bois, pierres, métaux recyclés).
  4. Co-écriture d’un thème ou d’une improvisation dirigée, inspirée des sons enregistrés et du vécu des participants.
  5. Organisation d’une restitution publique (balade musicale, concert participatif, podcast partagé) assortie d’une discussion sur les enjeux locaux.
  6. Création d’outils pédagogiques pour prolonger l’expérience (tutoriels, fiches d’écoute, guides pour recréer une "marche sonore" en autonomie).

Exemples de réalisations, coups de cœur et retours du terrain

  • Cycle "Paysages en sursis" : Série de miniatures musicales composées à partir des bruits de marais côtiers, mêlant voix d’habitants et instruments traditionnels. Chaque pièce accompagne un itinéraire de balade commentée.
  • Ateliers "Créer son écho-lieu sonore" : Axelle anime en milieu scolaire ou en EHPAD des ateliers où chaque participant construit un instrument à base de matériaux recyclés (boîtes, branches, coquillages…), en explore les possibilités, puis compose une pièce collective.
  • Podcast "Regards sur l’eau" : En partenariat avec une association de défense des zones humides, Axelle a co-produit une série de podcasts mêlant musiques originales, récits de riverains, et appel à mobilisation pour la protection d’un site menacé.
  • Concerts à énergie douce : Certaines représentations de Son & Racines se déroulent dans des sites naturels, alimentées par panneaux solaires ou générateurs manuels, avec implication locale pour l’accueil et la logistique.

Outils téléchargeables et ressources utiles

  • Fiche "Créer un atelier de composition nature" – étapes clés et conseils terrain
  • Bases de sons et playlists de bruitages naturels libres de droits pour l’intégration dans des créations pédagogiques (à retrouver sur terraresponsable.com)
  • Guide "Comment organiser un concert responsable en milieu naturel" : check-list écologique, relations avec les communes, communication durable
  • Ressources pédagogiques pour écoles et centres culturels : tutoriels vidéo pour fabriquer des instruments durables, fiches d’écoute active, pistes pour écrire une "lettre sonore à la nature"
  • Annuaire de collectifs engagés (art et nature), en France et Europe

Décryptage : défis et enjeux de la musique écologique aujourd’hui

  • Limiter l’empreinte environnementale des spectacles : transports, énergie, matériaux, choix de lieux et bilans carbone restent des sujets d’expérimentation permanente.
  • Sortir du "niche" : Comment intéresser le grand public sans tomber dans le didactisme ou l’élitisme musical ? Multiplier les formats courts (podcasts, mini-concerts, ateliers) semble être une piste féconde.
  • Assurer la pérennité financière : rareté des financements spécifiquement dédiés à l’écologie dans la culture ; nécessité de mutualiser, d’innover (billetterie solidaire, crowdfunding local…)
  • Éviter le "greenwashing" artistique : la sincérité du projet, l’ancrage territorial et l’implication réelle des publics sont essentiels pour ne pas tomber dans le simple vernis écologique.

Conseils pratiques pour musiciens, médiateurs, organisateurs

  • Tester une "balade sonore" – repérer un sentier ou un parc, enregistrer les sons, composer une musique collective, restituer sur place
  • Lancer un appel à participation pour des "lettres sonores à la nature" : chaque personne enregistre un message ou un son, à diffuser lors d’un événement local
  • Utiliser et partager des instruments recyclés, organiser des ateliers de fabrication en famille
  • Inviter des compositeurs ou collectifs engagés pour animer une masterclass, une rencontre, un concert-action autour d’une thématique écologique locale
  • Publier en libre accès les partitions, pistes sonores, tutoriels issus des projets – pour diffuser les bonnes pratiques au-delà d’un seul territoire

Conclusion : la musique, un souffle pour la transition

Pour Axelle Delafosse et de nombreux musiciens de la nouvelle génération, il ne s’agit plus simplement de “parler” de la nature, mais de la faire vibrer, de lui offrir un espace d’écoute et de respect. À l’heure des urgences écologiques, la musique devient un pont – entre générations, entre disciplines, entre rêves et actions concrètes. Par l’expérimentation, la pédagogie et l’ancrage territorial, la création musicale s’ouvre à tous ceux qui souhaitent agir, s’émouvoir et transmettre autrement.
Et si votre prochaine balade, votre projet d’école ou votre engagement local commençait… par une note écoutée autrement ?

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