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Entretien avec une illustratrice : l’art visuel comme levier écologique

Par Maxime
5 minutes

Quand la création visuelle dialogue avec l'écologie


Rencontre inspirante aujourd'hui sur terraresponsable.com avec Adèle Laurens, jeune illustratrice engagée dont l’univers graphique réinvente la sensibilisation à l’écologie. À travers albums jeunesse, couvertures de romans et campagnes associatives, elle façonne une esthétique invitant à repenser notre rapport à la nature — et au monde. Son credo : l’image comme levier pour questionner, transmettre et, surtout, faire agir différemment.


Portrait express : parcours d'une illustratrice engagée


Diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg, Adèle Laurens a d’abord exploré les codes de l’édition jeunesse, avant de tisser des liens étroits avec les milieux associatifs et les collectivités territoriales. Passionnée par l’illustration naturaliste, elle construit aujourd’hui sa pratique autour d’un triple engagement :


  • sensibiliser sans moraliser,
  • mettre en avant la beauté du vivant,
  • développer des outils pédagogiques accessibles à tous.

« Puiser dans la poésie du dessin, c’est ma façon de rendre contagieux le désir de protéger le monde », confie-t-elle.


L'illustration : une passerelle entre imaginaire et action concrète


« Un livre ou une affiche ne changent pas le monde en soi. Mais l’illustration peut ouvrir une brèche émotionnelle, offrir un espace d’identification, donner envie de discuter — voire d’agir », explique Adèle. Sensibilisation au recyclage, éducation à la biodiversité ou aide à la compréhension du cycle de vie d’un objet : l’image devient une interface entre l’idée abstraite de l’écologie et les petites décisions quotidiennes.


  • Dans les albums jeunesse : mettre en scène un blaireau qui trie les déchets ou un jardin partagé coloré, c’est donner à l’enfant des repères concrets sans jamais l’effrayer ni le culpabiliser.
  • En milieu scolaire : les supports illustrés favorisent la discussion collective et aident à matérialiser des enjeux parfois complexes (érosion côtière, disparition des espèces, etc.).
  • Pour les collectivités : des fresques réalisées en ateliers collaboratifs servent de point d’ancrage à des diagnostics de terrain ou des projets de quartier participatifs.

« Beaucoup de parents ou d’enseignants me disent : ‘C’est grâce au dessin que les enfants posent des questions sur ce qu’on jette ou sur l’eau qu’on utilise à la maison’. Ce pas de côté graphique désamorce le conflit et invite à trouver ensemble des solutions. »


Des outils visuels au service d'une pédagogie active


Comment illustrer l’écologie sans tomber dans le catastrophisme ni édulcorer l’urgence ? Pour Adèle Laurens, tout repose sur une approche progressive et nuancée :


  • Privilégier des couleurs apaisantes plutôt que des tons alarmistes,
  • Jouer sur l'empathie d'un personnage animal ou d’un paysage familier,
  • Intégrer l’enfant ou le lecteur dans la scène (dessiner une main qui plante, un personnage qui répare),
  • Laisser de la place à l’imagination : « L’art visuel doit susciter la discussion, pas donner une leçon magistrale ».

Sa série « Petites graines », diffusée dans plusieurs médiathèques, propose par exemple une planche d’illustrations à compléter ou colorier avec des vœux éco-responsables. Un coup de cœur récurrent auprès des familles et des animateurs, qui s’en emparent pour créer leur propre charte du quotidien durable.


Focus terrain : l’atelier “illustrer la biodiversité urbaine”


Parmi ses projets phares, Adèle anime régulièrement des ateliers en quartier prioritaire autour de la faune « invisible » des villes (insectes, oiseaux, petits mammifères). Appuyée par des associations environnementales, elle propose :


  • une découverte sur le terrain (parc, friche, quartier),
  • un temps d’observation accompagné d’esquisses et de pastels,
  • un mini-guide illustré construit ensemble et distribué ensuite gratuitement.

« J’ai vu des enfants, initialement réticents ou indifférents à l’idée d’observer des fourmis, repartir avec le carnet de croquis, fiers d’avoir inventorié ‘leurs’ espèces et de raconter leur expérience à la famille. »


La démarche éco-responsable dans le métier d’illustratrice


L’engagement ne se limite pas au message visuel :


  • Choix des supports : Adèle privilégie les imprimeurs locaux labellisés Imprim’Vert, limite les tirages papier, propose également des versions numériques interactives.
  • Ateliers zéro déchet : récupération de chutes de papier, utilisation d’encres végétales, réemploi de supports (bois, carton, tissus de récupération).
  • Collaborations solidaires : partenariats avec librairies indépendantes, maisons d’édition engagées, associations locales, pour diffuser au plus près du terrain.

Dans ce sens, chaque illustration devient aussi une démonstration pratique d’engagement, invitant à interroger l’ensemble de la chaîne de production culturelle.


Témoignages : l’art qui suscite


« Mon fils ne voulait plus jeter ses dessins ‘d’animaux en danger’ : on en a fait une petite expo à la maison. Maintenant, il explique à ses cousins ce que mangent les hérissons et pourquoi il faut une mare dans le jardin. »
— Marie, maman et médiatrice culturelle

« Grâce aux illustrations, les messages ‘éco’ passent beaucoup mieux lors des animations scolaires. Parler d’écosystème ou de compostage devient concret quand les enfants s’imaginent eux-mêmes à la place des animaux. »
— Quentin, animateur nature

« Créer ensemble une fresque du quartier avec Adèle a soudé la classe autour de l’écologie autrement que par les devoirs ou les débats parfois anxiogènes. »
— Anissa, enseignante en CE2

Checklist : comment intégrer l’illustration engagée à vos projets ?


  • Sélectionner un “héros” proche du public (animal local, plante du quartier, enfant du même âge),
  • Privilégier l’interactivité (poster à compléter, fresque collaborative, carnet d’observations),
  • Favoriser l’enquête visuelle : faire deviner un geste éco-actif à partir de l’image, organiser un jeu sur les détails cachés,
  • Démultiplier les usages : exploiter les illustrations dans le quotidien (sous-main, stickers, affiches pour la maison ou l’école),
  • Mettre en réseau : partager ses créations via les plateformes ou communautés engagées comme terraresponsable.com ou des ateliers locaux,
  • Penser au cycle de vie : impression raisonnée, diffusion numérique, partage open source selon les projets.

Pour aller plus loin : ressources téléchargeables



Regard d’artiste : questions essentielles à se poser


  • Mon image invite-t-elle à l’action ? (ou se contente-t-elle du constat ?)
  • Le public visé s’y reconnaît-il ? (âge, culture, univers familier)
  • Le processus de création est-il aligné avec mes valeurs ? (choix des matériaux, modes de diffusion, partenariats)
  • Puis-je laisser une part de liberté au récepteur ? (inachèvement, possibilités d’appropriation et de détournement)

Conclusion : l’art visuel comme point de départ, pas comme fin


En invitant l’observateur à devenir acteur, l’illustration engagée ouvre la voie à une écologie vécue, partagée, incarnée. Dessiner, c’est faire le choix d’une pédagogie sensible et inclusive — à rebours du discours culpabilisateur. Cela vaut pour les enfants, mais aussi pour les adultes, les familles, les élus, tous invités à prendre part à la création d’un récit collectif autour du vivant.

Sur terraresponsable.com, retrouvez chaque mois portraits d’artistes, guides et idées d’ateliers pour intégrer, à votre tour, l’univers de l’illustration citoyenne dans vos actions culturelles ou pédagogiques. Place au partage, à l’imagination et à la co-création pour accompagner en douceur la transition écologique.

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