Entretien avec une organisatrice d’événements artistiques écoresponsables : vers une nouvelle norme
Faire de l’écoresponsabilité la norme dans le secteur culturel : c’est le défi que relèvent aujourd’hui plusieurs organisateur·rice·s d’événements artistiques à travers la France. Dans cet entretien, Julie Martin, cofondatrice de “Scène Verte”, partage son expérience, ses inspirations et ses conseils pour celles et ceux qui souhaitent conjuguer création artistique et impact environnemental faible. Découvrez l’envers du décor d’événements bâtis autour de la sobriété, du partage et de l’innovation, tout en offrant une expérience immersive au public.
Parcours d’une organisatrice engagée : du déclic à l’action
Julie a grandi dans un environnement où la culture et la nature occupaient une place centrale. Après plusieurs années passées dans la production d’événements classiques, un constat s’impose : “Nous générons trop de déchets, utilisons une logistique lourde et rarement questionnée.”
En 2019, elle lance “Scène Verte”, une structure dédiée à l’organisation d’expositions, concerts et ateliers artistiques à faible impact environnemental. Son objectif : prouver qu’on peut produire différemment, sans sacrifier la créativité ni l’inclusivité.
- Premier engagement : privilégier les artistes locaux et les créations en circuit court.
- Deuxième pilier : choisir des lieux atypiques déjà existants (espaces publics, friches, jardins partagés).
- Troisième axe : réduire drastiquement les déchets et mutualiser le matériel avec d’autres projets.
Passez à l’action : concevoir un événement artistique écoresponsable
Pour Julie, chaque étape de l’organisation peut être pensée à travers le prisme de l’écologie. Voici les fondamentaux que son équipe applique systématiquement :
- Sélection du lieu : privilégier les accès en transports en commun, la possibilité de réutiliser les infrastructures et le respect de la biodiversité environnante.
- Programme et scénographie : favoriser les œuvres et performances conçues avec des matériaux recyclés ou naturels, et limiter la production de supports jetables.
- Catering et restauration : proposer uniquement de la vaisselle lavable/de réemploi, réduire le gaspillage alimentaire, offrir une offre végétarienne majoritaire et locale.
- Gestion des déchets : installation de points de tri, formation des bénévoles, sensibilisation active du public à la réduction des emballages.
- Mobilisation communautaire : intégration de bénévoles locaux·ales, partenariats associatifs, co-construction d’ateliers recyclage/détournement avec les habitants.
Chaque choix, même symbolique, compte. Un exemple : lors du festival “Lumières en Friche”, Julie a proposé une consigne pour les gobelets, mais aussi pour les affiches (ramenées pour être réutilisées l’année suivante).
Surmonter les freins : trouver des solutions collaboratives
Adopter une approche responsable dans le domaine culturel implique de relever certains défis. Julie évoque ceux qui reviennent le plus souvent, et leur réponse “maison” :
- Le budget : “Mutualiser les achats de matériel avec d’autres festivals ; solliciter les fournisseurs pour des remises ou des dons de matériaux invendus.”
- Le manque de formation : “Organiser des sessions courtes de sensibilisation pour les bénévoles et techniciens sur les éco-gestes.”
- La résistance au changement : “Accepter de commencer petit, prouver par l’exemple, valoriser les réussites collectives auprès des partenaires.”
- La communication : “Préférer le numérique (QR codes, newsletters ciblées), limiter l’impression en physique et adopter une charte graphique réutilisable.”
Julie insiste : “Il faut oser demander de l’aide, créer des réseaux d’entraide entre organisateur·rices, artistes et collectivités.” Certaines plateformes, comme celle de Terraresponsable.com, facilitent le partage de checklists, de contacts et d’astuces adaptées à chaque territoire.
Des événements inspirants : retour sur des pratiques concrètes
Loin d’être une utopie, l’écoresponsabilité devient la règle pour de nombreux événements en France. Julie partage quelques actions marquantes issues de “Scène Verte” ou observées chez d’autres structures :
- Le théâtre itinérant zéro déchet : décor modulable en bois local, costumes loués ou issus d’ateliers de couture solidaires, billetterie 100% dématérialisée.
- Expositions à matériaux récupérés : appels à collecte auprès du public pour la scénographie (boîtes, tissus, palettes) – tout est transformé puis redistribué en fin d’événement.
- Concerts participatifs-covoiturés : système d’inscription interactif pour inciter musiciens, spectateurs et techniciens à mutualiser leurs déplacements.
- Marchés de l’art solidaire : commission reversée à des associations environnementales, cartes bancaires acceptées pour éviter les impressions papier.
Le point commun de ces initiatives ? Elles valorisent l’humain et l’écosystème local, tout en donnant envie d’agir individuellement et collectivement.
Conseils terrain pour les futurs organisateur·rice·s
Julie transmet cinq recommandations concrètes à celles et ceux qui veulent se lancer :
- Démarrez simple : “Mieux vaut trois éco-gestes bien faits qu’un plan parfait impossible à tenir.”
- Documentez et partagez : photographiez vos installations, diffusez vos astuces, créez une fiche pratique à destination des artistes et techniciens.
- Sondez votre public : après l’événement, proposez un questionnaire sur les attentes/retours relatifs à l’écoresponsabilité.
- Travaillez en réseau : adhérez ou créez des groupements d’organisateur·rice·s pour échanger ressources et contacts.
- Restez ouvert·e à l’innovation : testez de nouvelles solutions chaque année, inspirez-vous d’autres secteurs (événements sportifs, collectivités, agriculture urbaine), même hors du champ artistique.
Conclusion : vers une nouvelle norme dans l’événementiel artistique
L’organisation d’événements artistiques écoresponsables n’est plus une niche, mais une tendance de fond. À travers leur action, Julie et ses pairs démontrent qu’il est possible de concilier engagement écologique, expérience culturelle de qualité et lien social renforcé. Cette démarche, collective et évolutive, fait émerger de nouvelles normes inspirantes : mutualisation, partage, formation et créativité durable. Le futur de l’art se dessine, plus vert, plus ouvert, grâce à ces pionniers qui partagent leurs outils, leurs bilans… et leur envie d’agir autrement.
Vous souhaitez aller plus loin ? Téléchargez checklists et guides concrets sur Terraresponsable.com pour bâtir, vous aussi, des événements aussi beaux que responsables.