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Regards croisés : deux collectifs d’artistes sur la création et l’engagement environnemental

Par Maxime
5 minutes

Exploration : comment deux collectifs d’artistes réinventent la création autour de l’engagement environnemental

Dans un contexte marqué par l’urgence climatique, de nombreux artistes choisissent aujourd’hui de mettre leur créativité au service de l’environnement. Impliqués dans des collectifs, ils élaborent de nouvelles méthodes pour sensibiliser le public, interroger les habitudes de consommation et inventer des modes de production artistique éco-responsables. Focus sur deux démarches innovantes, à la croisée de l’art et de l’engagement.


Collectif Lumières Vives : l’art comme levier de résilience écologique

Fondé en 2018, Lumières Vives rassemble une quinzaine d’artistes engagés dans le champ des arts plastiques et performatifs. Implanté en région Auvergne-Rhône-Alpes, le groupe se donne pour mission de « révéler la beauté du vivant et de questionner nos liens à l’écosystème » à travers des expositions itinérantes et des ateliers collaboratifs.

Leurs projets s’inscrivent dans des lieux parfois insolites : forêts, plaines agricoles, berges de rivières ou friches urbaines. Chaque intervention est pensée selon un principe d’éco-conception : recyclage des matériaux, valorisation de ressources locales, limitation du transport et des émissions carbone.

  • Exemple phare : Le cycle "Sculptures en mouvement" utilise uniquement du bois issu d’élagages et d’écorces tombées, pour créer in situ des installations évolutives. Ces œuvres sont ensuite intégrées à des parcours pédagogiques ouverts au public, familles et scolaires compris.
  • Transmission : Lumières Vives propose aussi des ateliers « art et nature », où chaque participant est invité à collaborer à une œuvre commune, tout en découvrant des gestes respectueux de l’environnement.

Leur démarche vise à démontrer qu’il est possible de produire de l’art sans céder à la surconsommation de plastique ou de supports éphémères. Au contraire : « L’engagement écologique, c’est aussi concevoir l’œuvre pour qu’elle se fonde et s’efface à terme dans son milieu, sans laisser de trace nuisible », souligne Anna, sculptrice membre du collectif.


Collectif Son d’Origine : sensibiliser par la création sonore et musicale

À Paris et en région Grand Est, Son d’Origine fédère compositeurs, ingénieurs du son, artistes sonores et musiciens. Leur credo : utiliser la force de l’écoute et des sons naturels pour reconnecter l’auditeur à l’environnement.

Le collectif oeuvre à la fois dans la production de performances en extérieur et dans la création de podcasts-forêts : enregistrements de paysages, rencontres avec des scientifiques et artistes, compositions musicales créées à partir de matières récupérées ou d’instruments conçus localement.

  • Projet phare : « Écoute la rivière », une série de concerts en pleine nature, réalisés à l’aide de dispositifs alimentés intégralement par l’énergie solaire et des instruments faits-main à base de bois recyclé.
  • Innovation : Le collectif collabore avec des écoles primaires pour lancer des ateliers d’écoute active des sons environnants et de création de « cartes postales sonores ».

Pour Son d’Origine, s’engager pour l’environnement, c’est aussi remettre en cause notre façon d’écouter le monde : « On prend conscience de ce qu’on détruit quand on retrouve la capacité à entendre le chant des oiseaux, le ruissellement, les froissements de feuilles », explique Hugo, musicien paysagiste.


Communauté : mutualiser les ressentis, diffuser l’inspiration

Au-delà de la création collective, ces groupes s’investissent dans la transmission de pratiques responsables auprès du grand public et de la communauté artistique. Ils organisent des forums ouverts à tous : débats, retours d’expérience, ateliers pratiques pour fabriquer ses propres outils ou supports artistiques à faible impact.

La collaboration prend aussi la forme de laboratoires d’idées. Les artistes échangent sur l’éco-conception, la sobriété des dispositifs techniques lors d’expositions, ou encore sur la manière de minimiser les déplacements en favorisant le numérique pour certains formats (expositions virtuelles, partages de playlists sonores, créations en réseau).


Témoignages : une démarche quotidienne en mutation

« Prendre part à un collectif éco-engagé, c’est repenser la notion même d’œuvre : l’objet n’est plus une fin, mais le début d’un dialogue, d’une expérience partagée, qui interroge nos habitudes et laisse une trace dans la mémoire plus que dans le paysage. »
— Camille, plasticienne, Lumières Vives

« Après avoir animé des ateliers avec des jeunes sur l’écoute écologique, j’ai vu naître de vraies prises de conscience, de petites transformations du quotidien. Les enfants proposaient eux-mêmes de nettoyer les sites, de fabriquer leurs instruments avec des matériaux récupérés, c’est un cercle vertueux. »
— Lou, médiatrice culturelle, Son d’Origine


Checklist : intégrer la démarche éco-créative dans son projet artistique

  • Poser la question du sens : Pourquoi ce projet artistique ? Quel message souhaite-t-on transmettre sur l’environnement ?
  • Choisir ses matières premières : Privilégier la récupération, le recyclage, les ressources naturelles à faible impact.'
  • Limiter l’empreinte de production : Préférer l’impression locale, réduire les plastiques, mutualiser le transport du matériel.
  • Prévoir la fin de vie de l’œuvre : Peut-elle être réutilisée, compostée, dissoute dans le paysage sans pollution ?
  • Engager le public : Intégrer des formats participatifs ou pédagogiques, ouvrir les coulisses du projet, solliciter la coopération.
  • Soutenir la transparence : Afficher la provenance des matériaux, le bilan carbone estimé, le mode de diffusion choisi.
  • Evaluer et améliorer : Après chaque événement, analyser ce qui a fonctionné ou non pour ajuster la démarche.

Ressources et outils pour aller plus loin


Points d’attention : vers une pratique artistique cohérente et durable

  • Veiller à la cohérence : chaque élément du projet peut questionner sa finalité et son impact.
  • Éviter le greenwashing : être précis dans la communication sur l’origine des matériaux et la démarche environnementale réelle.
  • Aller au-delà de la performance : privilégier les processus de longue durée, l’échange, la transmission et l’appropriation locale.
  • S’ouvrir à la diversité des formes : arts visuels, sonores, numériques, installations éphémères… Tout format peut être adapté à une démarche responsable.

Conclusion : les collectifs, moteurs essentiels pour une culture de l’engagement

L’expérience de Lumières Vives et de Son d’Origine montre que l’art n’est plus un simple objet d’exposition, mais bien une dynamique vivante qui participe à la mobilisation pour la transition écologique. En alliant créativité, coopération et transparence, ces artistes ouvrent la voie à une nouvelle façon de faire vibrer l’engagement environnemental.

Pour suivre ces initiatives ou débuter sa propre démarche, terraresponsable.com propose un ensemble de guides concrets, d’interviews et de retours d’expérience pour inventer un modèle artistique durable et ouvert à tous.

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